La place de Montcornet, de 1901 à demain.

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Cette photographie sur plaque de verre est précisément datée du 7 septembre 1901. Elle fait partie d’un fonds acquis par le Département de l’Aisne en 2017, constitué de 86 photographies prises entre 1901 et 1907. Vous pourrez découvrir ces rares vues précédant les destructions de la Première Guerre mondiale sur ce site Internet dans le courant de l’année 2020[1].

 

Le samedi 7 septembre 1901, c’est jour de marché à Montcornet. Et comme l’illustre cette photographie, il y a foule sur la place de l’hôtel de ville. Les femmes y sont nombreuses, même si, comme le dit le dicton, « trois femmes et trois oies font déjà un marché ». En dehors de quelques marchands itinérants, ce sont effectivement les paysannes qui viennent vendre leurs petites productions issues des fermes de la contrée. On les reconnait coiffées de leur bonnet blanc et vêtues de leur tablier ou devantier, « chinoère » en picard. L’achalandage est donc local. Les marchandises proposées sont le beurre, les œufs, les fromages, les fruits, les légumes, les lapins et les volailles.

 

Le marché est un rendez-vous hebdomadaire qui ponctue la vie routinière des campagnes. A Montcornet, il a lieu chaque samedi matin, alors que le soir se tient une agence pour la vente des grains sur échantillons. Dans ce bourg de 1 550 âmes, situé aux portes de la Thiérache, à 35 kilomètres au nord-est de Laon, on vient aussi au marché pour traiter ses affaires, apprendre les dernières nouvelles, se rencontrer, comme ce couple de personnes âgées au centre de la photographie, dont l’homme semble vouloir attraper le bras de la femme.

 

Cette scène de vie quotidienne se situe sur la place de l’hôtel de ville, « une des plus vastes et des plus remarquables du département »[2]. L’architecture de l’hôtel de ville, construit en 1855, reflète alors l’importance du commerce dans la commune, puisqu’il s’agit d’une halle-hôtel de ville. Si le premier étage accueille la mairie et une salle des fêtes, le rez-de-chaussée pourvu de vingt-huit arcades sert de marché couvert. Construit en pierres et en briques, il est surmonté d’un campanile avec horloge à quatre cadrans. Bien visible sur la photographie, mais aujourd’hui disparu, le tympan sculpté du fronton est orné d’armoiries erronées.

 

L’image d’une certaine vitalité économique émane de cette photographie. Pourtant, dès 1928, l’auteur d’une monographie sur la commune indique que Montcornet perd de son attirance et que son commerce souffre[3]. Aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, c’est notamment dans l’espoir d’une redynamisation du commerce local, que les Montcornetois s’apprêtent à redécouvrir leur place fraîchement rénovée et pilote grâce à l’emploi de techniques environnementales innovantes pour le traitement de l’eau de pluie. La place de l’hôtel de ville de Montcornet continue son évolution, puisqu’elle va accueillir le 17 mai 2020 une œuvre d’art commémorant la Bataille de France dans l’Aisne en 1940.

 



[1]. Le fonds coté 92 Fi intitulé « Photographies anciennes sur plaques de verre » illustre entre autres les communes de Boncourt, Bosmont-sur-Serre, Chaourse, Guise, Lislet, Rozoy-sur-Serre, Saint-Quentin…

[2]. I. P. Mien, Montcornet et ses environs, Paris, Res Universis, 1989 (réédition d’une publication de 1865).

[3]. Alexandre Menu, Des collines du Laonnois à la Thiérache, Montcornet, Reims, Matot-Braine, 1928.