Cours d’accouchement à Soissons en 1760

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À l’époque moderne, la naissance est vécue comme un moment dangereux. On accouche souvent chez soi, les hôpitaux étant réservés aux pauvres. C’est un évènement intime, mais également collectif, car les femmes de la famille et les voisines qui ont déjà accouché viennent y assister.

 

Avant la formation des sages-femmes, c’est la matrone ou « leveuse » qui accouche les femmes. La plupart du temps, il s’agit d’une vieille femme, veuve, qui préside à tous les accouchements dans le village. Elle est crainte et respectée car elle contrôle le rite de passage qu’est la naissance. Elle détient aussi un pouvoir religieux qui lui permet de pratiquer les ondoiements. En effet, si l’enfant meurt sans baptême, il ne va pas au paradis, il est entaché du péché originel et son âme erre à jamais dans les limbes.

 

Dans la plupart des cas, les accouchements se déroulent assez bien. Cependant, des complications peuvent survenir et sont souvent fatales. Elles s’expliquent par les carences alimentaires responsables du rachitisme qui rend parfois impossible l’accouchement par les voies naturelles, la présentation anormale de l’enfant ou l’étroitesse du bassin des femmes. Ces complications sont encore aggravées par le manque d’hygiène et l’ignorance des accoucheuses. Une femme sur dix mourait en couches à cette époque.

 

Lors de l’accouchement, la femme se retrouve confrontée à ses angoisses, notamment la peur de souffrir et de perdre son enfant, avec l’idée de la mort toujours présente à son esprit.

 

Dès la fin du XVIIe siècle, les matrones sont de plus en plus décriées, notamment par les chirurgiens. Ces derniers les accusent d’incompétence et d’ignorance. Ils leur reprochent le fort taux de mortalité en couches. Ces matrones, par manque de connaissances, ont des pratiques que l’on peut qualifier aujourd’hui de « barbares ». À titre d’exemple, elles avaient tendance à tirer sur l’enfant afin qu’il sorte du ventre de sa mère, quitte à causer parfois la décapitation du nouveau-né. La tête restait alors coincée dans le ventre de la mère et causait sa mort.

 

À partir du XVIIIe siècle, le roi impose une formation pour devenir sage-femme. Les nouvelles matrones sont alors jeunes, lettrées et diplômées.

 

Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray (1712-1794) est ainsi la première sage-femme à enseigner publiquement l'« art des accouchements ». Originaire d’une famille de médecins, elle est diplômée en 1739. En 1759, Louis XV lui donne un brevet et une pension. À partir de cette date et jusqu’en 1783, elle enseigne dans toute la France et forme ainsi plus de 5 000 femmes. En 1760, c’est l’intendant de Soissons qui lui demande de venir et d’établir dans cette ville un cours d’accouchement pour former les sages-femmes. Elle forme également des chirurgiens et fait ouvrir des maisons de maternité dans beaucoup de grandes villes.

Pour rendre ses cours plus concrets, elle invente un mannequin fait de bois, de carton, de tissus et de coton, reproduisant grandeur nature le bassin d'une femme en couches et permettant différentes manipulations. Cette « machine » est approuvée par l'Académie de chirurgie en 1758.

 

Le nombre de sages-femmes qualifiées reste cependant assez réduit voire insuffisant, même après 1760. Les chirurgiens accoucheurs s’imposent alors peu à peu dès la fin du XVIIIe siècle. Leur clientèle appartient le plus souvent aux classes supérieures de la société urbaine, mais ils interviennent aussi dans les campagnes quand la situation est désespérée. Les accoucheurs s’insurgent et combattent les pratiques superstitieuses et barbares qui encombrent l’obstétrique. On assiste à cette époque à une professionnalisation de l’accouchement grâce aux chirurgiens qui utilisent des instruments adaptés et qui possèdent une formation médicale poussée.