Les colonies de vacances

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Texte remis à la presse par la municipalité de Laon au sujet des enfants partis en colonie de vacances aux Sables-d’Olonne, 1937 (Arch. com. Laon, E-dépôt 401, 1 R 63)

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Photographie des 152 colons partis en colonie de vacances aux Sables-d’Olonne, 1937 (Arch. com. Laon, E-dépôt 401, 1 R 63)

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En 1876, le pasteur suisse Hermann Bion envoie à la campagne, chez des paysans suisses, pendant deux semaines, 68 enfants défavorisés âgés de 9 à 12 ans, en vue d’améliorer leur état de santé. La première colonie de vacances est née.

 

Vers 1880, alors que la France va se doter d’une école gratuite, laïque et obligatoire, Edmond Cottinet, considéré comme le fondateur des colonies de vacances en France, suit les pas d’Hermann Bion, mais avec une vision différente : les enfants sont regroupés dans des centres collectifs pour « apprendre à vivre ensemble et à être autonome ». Il s’agit, pour Edmond Cottinet, de créer une « fraternité idéale le temps de la colonie pour la diffuser ensuite dans le reste de la société ».

 

Les colonies de vacances vont alors se développer à l’initiative d’œuvres de charité protestantes, de l’école républicaine, de paroisses, d’associations d’instituteurs laïques, d’associations d’anciens combattants, de municipalités, de comités d’entreprise, etc.

 

Le département de l’Aisne va alors devenir un lieu d’accueil des colonies de vacances. En 1906, l’œuvre douaisienne des colonies de vacances, association issue de la loi du 1er juillet 1901, envoie son premier groupe de 20 colons douaisiens dans le village de La Vallée-Mulâtre. Pour que le séjour soit une réussite, des recommandations sont faites aux familles qui hébergent les colons, telles que l’écriture d’une lettre aux parents le jour même de l’arrivée ou le lendemain pour les rassurer, l’interdiction d’employer les enfants aux travaux des champs, l’interdiction de leur donner du café ou du vin, mais du lait et des œufs, l’interdiction de monter dans les arbres, de prendre des fruits sur les arbres ou dans les pâtures, leur faire éviter le voisinage des bestiaux, etc. Ce sera un succès : les enfants reviennent dans un état de santé florissant !

 

À l’été 1913, la même œuvre envoie 25 colons (11 garçons et 14 filles) du 7 août au 7 septembre logés chez les villageois de Vaux-Andigny. Ils voyagent en train et sont accompagnés d’une surveillante qui est également logée chez l’habitant avec pour mission de « passer dans les maisons le matin et l’après-midi et de promener les colons en les amusant ».

 

Bien sûr tout cela a un coût : en 1909, la pension d’un enfant pour 30 jours s’élève à 45 francs et 31 centimes. À l’époque, les dépenses sont plus orientées vers les besoins primaires (alimentation, logement) ; celles de loisir sont généralement exceptionnelles. Il faut savoir qu’à cette époque, un ouvrier travaillant de 8 à 10 h peut espérer gagner en moyenne autour de 4,22 francs par jour.

 

Quant à la surveillante, elle est payée 45 francs pour le mois. À titre de comparaison, un instituteur est payé à même époque environ 180 francs par mois.

 

Les 12 et 13 février 1923, la fédération des colonies de vacances du Nord-Est de la France organise le 9e congrès régional des colonies de vacances et des écoles de plein air à Laon. Cette association est présente dans les régions dévastées par la guerre et a pour but principal de « lutter contre la tuberculose et la réfection des ruines physiques et morales de l’enfance ». Ce congrès fait appel notamment aux élus, aux médecins, aux éducateurs et aux mutualistes. Le ministre des Régions libérées, Charles Reibel, est présent ainsi que 25 sociétés ou associations de colonies de vacances. Le programme de ce congrès repose sur l’hygiène et l’alimentation dans les camps et colonies de vacances, l’hivernage des enfants dans les montagnes de France ou encore les moyens à employer pour procurer des ressources aux œuvres de plein air. Il est aussi question des pupilles de la Nation et des rapports des œuvres adhérentes à l’association.

 

Les enfants axonais vont aussi profiter des colonies de vacances, notamment après la Première Guerre mondiale. Entre 1923 et 1929, l’Office des pupilles de la Nation de l’Aisne envoie ses pupilles aux camps des Mesnils, de Tourgéville et de Deauville en Normandie, à Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, à Ferrette dans le Haut-Rhin, à Naintré dans la Vienne, au préventorium du château de Brétignolles et dans les communes de Huismes en Indre-et-Loire, de Saint-Pol-sur-Mer et de Zuycoote dans le Nord.

 

En 1936, la caisse des écoles et la municipalité de Laon organisent pour la première fois des camps de vacances (garderies de vacances) qui ont lieu tous les après-midis du lundi au vendredi : 578 enfants sont inscrits. En 1937, 152 enfants (58 filles et 94 garçons) partent à destination des Sables-d’Olonne pour trois semaines (voir documents). Ils passent toutes les journées à la plage et prennent de nombreux bains. Il est d’ailleurs constaté que tous les enfants, à leur retour, ont « augmenté de poids ». En 1938, 190 enfants bénéficient d’un séjour de 21 jours à Plozévet dans le Finistère et à Xonrupt dans les Vosges.

 

Depuis 1880, 60 millions de petits Français sont partis en colonies de vacances. Elles ont été un terrain de bataille idéologique et un enjeu politique jusqu’au milieu du XXe siècle et ont contribué aux évolutions sociales et politiques du pays. Encore aujourd’hui, elles permettent à beaucoup d’enfants français de fuir leur quotidien.