L’installation de la Manufacture royale à Saint-Gobain

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En octobre 1665, Louis XIV concède au financier Dunoyer et à ses associés des lettres patentes portant un privilège exclusif de fabrication de glaces de miroirs dans une manufacture royale des glaces de miroirs[1]. Louis Lucas de Nehou[2], gentilhomme verrier normand, réussit à fabriquer, grâce au procédé de coulage, des glaces de grand format qui concurrencent les productions de glaces vénitiennes. Toutefois, ces verres ne peuvent plus être fabriqués dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine à Paris.

 

Les associés cherchent donc un lieu plus adapté pour cette production. On leur en indique un qui pourrait convenir à l’implantation des halles de coulage : il s’agit de l’ancien château fort qu’Enguerrand de Coucy avait fait construire sur l’éperon rocheux de Saint-Gobain et qui avait été démantelé au milieu du XVe siècle.

 

Son positionnement éviterait la fuite des ouvriers mais aussi l’arrivée d’intrus pour espionner les secrets de fabrication. Plusieurs milliers d’hectares de forêt, dépendant soit au domaine de La Fère, soit de la famille d’Orléans, entourent le site et permettront le chauffage intensif des fours. Les sous-sols sont très riches en sable indispensable à la fabrication du verre. Les glaces pourraient être acheminées à Paris après chargement au port de Chauny et en descendant l’Oise.

 

Les associés prennent possession des lieux en tant que locataires le 2 juillet 1692. Quelques années plus tard, ils s’en portent acquéreurs.

 

En avril 1700, Jean Gruge, architecte des bâtiments du roi, Nicolas de Rouvroy, arpenteur royal et Jean Desmolins, expert nommé par le lieutenant général du bailliage de La Fère, se rendent sur place pour estimer l’ensemble des travaux qui ont été entrepris. Ils sont accompagnés dans leur expertise par le sieur de Sainte-Beuve, directeur, par Pantaléon de Nerville, caissier et par Guillaume Pinet, sieur des Fourneaux, inspecteur de la fabrique.

 

Le site  comprend le terrain initial du château qui s’étend sur plus de 2 200 toises soit environ 3,5 ha. Le logement des intéressés est situé au bout de la seconde cour, sur les fondations de l’ancien château. On y trouve un grand magasin de pierre pour y stocker les matières premières, un moulin à cheval pour piler terre et soude, un magasin pour stocker le sable et loger les ouvriers à l’étage, un autre magasin à soude et à sable surmonté par trois étages de logements ouvriers.

 

La première halle est construite de murs de pierre épais. Au centre on y trouve les carcaisses. Le four est construit en briques. La seconde halle est aussi construite sur les anciennes fortifications et elle est ceinte de murs très épais. Alors que la première sert aussi de logement à bon nombre d’ouvriers à l’étage, la seconde n’est pas dotée de logement.

 

À l’entrée du site se trouve le corps de garde pour contrôler les allers et venues tant des marchandises que des ouvriers et de leurs familles. À proximité de cette porte de l’est se trouve également une chapelle. Afin de maintenir la plus grande autarcie, des écuries, une brasserie et un moulin à piler la soude sont également installés sur le site. Tous les ouvriers sont logés en 1700 à l’intérieur du site.

 

L’ensemble des bâtiments sont estimés à 272 732 livres. Les associés conservent également sur place beaucoup de matières et d’outils nécessaires à la fabrication du verre. Avec les bâtiments, cet ensemble est estimé à plus de 674 000 livres.

 

 


[1] http://www.saint-gobain350ans.com/#!/fr/les-dates-clefs-de-notre-histoire/la-ou-tout-commence

[2] http://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-le-document-d-avril-35/n:85