Les procès pour impuissance à l’époque moderne

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Le mariage est un acte régi très tôt par l’Église. L’union entre un homme et une femme doit être unique et ne jamais être rompue du vivant des conjoints. Cependant, des annulations de mariage sont possibles pour un seul et unique motif. En France, c'est en 1426 qu'est prononcée la première annulation de mariage connue pour impuissance sexuelle. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, l'absence d'érection constitue un motif de divorce recevable. Les femmes peuvent ainsi assigner leur mari devant un tribunal pour obtenir l'invalidation du mariage.

 

Les deux époux sont d’abord interrogés séparément par des juges, devant une grande assistance composée surtout d’ecclésiastiques et de greffiers où leur sont posées des questions très intimes. Après l’interrogatoire, un examen de chacun des époux est prévu. L’organe de l’homme est alors « vérifié, tâté, trituré, mesuré quant à la longueur et l’élasticité avec mouvement naturel d’érection ». Soit les juges concluent rapidement à l’impuissance du mari et la femme n’est alors pas inquiétée, soit ils n’arrivent pas à se décider et demandent l’inspection des parties intimes de la femme, quant à la largeur et la profondeur.

 

Vient alors l’épreuve du congrès (du latin congressus : rencontre, entrevue). Celle-ci fait son apparition au milieu du XVIe siècle et marque l’intrusion de la justice dans le lit conjugal. Afin d’apporter la preuve de sa virilité, l’homme doit faire acte de chair en public devant des médecins, des hommes de droit, d’Église et des témoins. Cependant, « la pudeur et le trouble causés par la présence d’experts produisaient le même effet que l’impuissance naturelle ».[1] Cette pratique impudique et controversée était étonnamment tolérée par l'Église.

 

Malgré quelques expériences similaires en Espagne et en ­Italie, le congrès apparaît comme une exception française. Si le nombre de procès est difficile à établir, on sait que la pratique perdure plus d'un siècle.

 

Le célèbre procès du marquis de Langey a tenu la France en haleine en 1659. Le noble est traîné par sa femme devant le tribunal de l’impuissance. L’Église considère à cette époque qu’un homme, s’il n’honore pas son épouse «corporellement», viole délibérément le sacrement du mariage. Le tribunal peut valider un divorce et exiger des dommages et intérêts du mari coupable de troubles de l’érection. Le marquis a alors été humilié et a perdu son procès.

Comble de l’histoire, quelques années plus tard, le marquis de Langey se remaria et sa nouvelle épouse lui donna six enfants, prouvant ainsi qu’il était normalement constitué. Le scandale lié à l’erreur judiciaire du tribunal fut tel qu’il aboutit à un arrêt du 18 février 1677 du parlement de Paris qui supprima la réunion du congrès et démontra l’impuissance de cette procédure. Dès lors et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, un simple examen de l’appareil génital suffisait à prouver sa bonne foi.

 

Ici, il s’agit d’un procès de 1743 pour l’annulation du mariage entre Adrien Charles Beffroy et Marie Catherine Cordien. Leur mariage a été contracté le 7 janvier 1739. Adrien Charles Beffroy, bourgeois de Laon, a 23 ans lorsqu’il se marie. Le père de la mariée éprouve beaucoup d’aversion à l’égard de ce mariage car il avait d’autres projets plus avantageux pour sa fille.

En février 1740, la femme déclare l’impuissance du mari après le mariage et la malformation de celui-ci. On assiste alors à la confrontation des points de vue des mariés. La femme affirme que le mari n’a pas consommé une seule fois le mariage et qu’il ne se présente pas pour le faire. Parallèlement, le mari affirme qu’il a consommé plusieurs fois le mariage et que c’est sa femme qui prétexte des excuses pour échapper à son devoir conjugal et qu’elle se refuse régulièrement en croisant les jambes. En découle donc la demande d’annuler le mariage pour cause d’impuissance.

L’interrogatoire des époux est mené par l’autorité religieuse de la paroisse concernée. Les documents produits lors du procès consistent en procès-verbaux d’enquêtes ainsi qu’en interrogatoires du voisinage et de la famille. Les médecins se déplacent également au domicile du couple pour examiner le mari et ses « parties servant à la génération ».

Le sieur Beffroy déménage à Paris en 1741 où d’autres médecins viennent alors le visiter et constatent des anomalies physiques. Ce qui confirme de plus en plus leurs soupçons d’impuissance.

La procédure dure 3 ans au total. Au final, on ne sait pas si le sieur Beffroy est déclaré impuissant, mais les déclarations des médecins vont dans ce sens.

 

Les procès pour impuissance ont souvent été utilisés de manière abusive par des femmes voulant simplement se séparer de leurs maris.

 



[1]. Dictionnaire de Trévoux de 1771.