La société d’agriculture de la généralité de Soissons

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« Durant tout le XVIIIe s., la connaissance scientifique tient une place centrale dans la vie intellectuelle et culturelle française et fait l’objet d’un véritable engouement public. Des pans entiers de savoirs scientifiques naissent et se développent, dans les domaines de la physique, la chimie, les sciences de la vie et de la Terre, et certaines figures de savants, comme celle de Buffon ou de Lavoisier, connaissent une extraordinaire popularité. Cependant, les frontières ne sont pas toujours nettement tracées entre Sciences et Belles-Lettres, non plus qu’entre savants professionnels et amateurs. Cette ouverture, ainsi que la multiplication des publications, des lieux d’enseignement et de sociabilité, des lieux d’exercice et de spectacle de science, favorise une large diffusion des thèmes, des savoirs et des pratiques scientifiques ».

 

Cette définition, que nous retrouvons à l’article « Sciences » du Dictionnaire européen des Lumières[1], nous éclaire sur le contexte de la création de la société d’agriculture de la généralité de Soissons, dont les archives constituent l’unique fonds de la série D conservé aux Archives départementales de l’Aisne. L’agronomie et l’agriculture figurent en effet parmi les grands sujets du siècle des Lumières et si cet intérêt pour l’agriculture, activité de base de la société, est loin d’être un phénomène nouveau au XVIIIe siècle, il augmente de manière considérable à compter de 1750.

 

Cet engouement s’explique par la combinaison de deux phénomènes. D’une part, la publication de nombreux écrits sur la culture des terres, l’étude chimique des sols et la nutrition des plantes, favorisent l’essor de recherches agronomiques fondées sur l’observation et l’expérimentation. Les nouvelles techniques agricoles répandues en Angleterre sont à ce titre souvent citées en exemple. D’autre part, l’école physiocratique, doctrine économique fondée sur la primauté de l’agriculture, considérée comme la source de toutes les richesses, fait son apparition en France dans les années 1760.

 

À côté de ces nombreuses publications apparaissent des sociétés d’agriculture en province, organes collégiaux qui vont constituer une nouvelle voie d’accès à l’information agronomique.

Une vingtaine de ces sociétés sont instaurées dans les généralités du royaume à partir des années 1760, sous l’impulsion du contrôleur général des finances Henri Bertin, montrant au passage l’intérêt que porte le pouvoir à l’innovation dans le monde agricole. C’est par un arrêt du Conseil d’État du roi que la société de Soissons est créée le 7 septembre 1761. Ce dernier y précise que la société « fera son unique occupation de l’agriculture et de tout ce qui y a rapport » et qu’elle « sera composée de deux bureaux dont l’un tiendra ses séances à Soissons et l’autre à Laon ».

 

Ses membres, qui appartiennent essentiellement à l’aristocratie et au clergé, poursuivent les mêmes objectifs : recueillir les connaissances et observations du monde agricole, procéder à des essais et expériences, échanger et confronter les résultats. Les deux bureaux ne travaillent pas en vase clos : on cherche à s’attirer la grâce d’associés plus ou moins prestigieux[2], on établit des correspondances auprès des cultivateurs, on correspond avec les autres sociétés d’agriculture et des concours sont organisés. Très vite le seul champ de l’agriculture est dépassé.

 

Ainsi le lecteur trouvera essentiellement dans ce fonds des rapports, des mémoires et de la correspondance relatifs aux méthodes de culture, à la fabrication du pain, au commerce des grains, aux vignes, aux animaux d’élevage, aux nuisibles…, mais également à la topographie, à la météorologie, à l’astronomie, aux moyens de secourir les pauvres, à un projet d’ouverture d’un cours d’accouchement, etc.

 

Si les sociétés d’agriculture encouragent les expérimentations dans l’agriculture et favorisent l’essor de nombreuses innovations à petite échelle, le temps de la révolution agricole n’est pourtant pas encore venu car les cultivateurs demeurent méfiants à l’égard des nouveautés proposées par les élites. C’est d’ailleurs sans doute à cause de son caractère élitiste que la société disparaitra sous la Révolution, comme tant d’autres institutions de l’Ancien Régime. Il n’en demeure pas moins que les nombreuses expériences de l’époque marquent le début d’une longue transition vers une agriculture plus développée et plus abondante.

 



[1]. Michel Delon (dir.), Dictionnaire européen des Lumières, Paris, Presses universitaires de France, 2005.

[2]. Antoine Parmentier, le célèbre agronome promoteur de la pomme de terre, accepte le titre d’associé du bureau de Laon.