L’affaire Nicole Obry : un cas de possession dans l’Aisne au XVIe siècle

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L’ouvrage présenté ici est le plus ancien que les Archives départementales de l’Aisne conservent dans leur bibliothèque. Édité en 1578 par Nicolas Chesneau, il compte 820 pages et il est écrit en latin et en français. L’auteur principal en est Jehan Boulaese, prêtre et professeur des Saintes lettres hébraïques et pauvre du collège de Montaigu. Il relate un miracle intervenu à la suite de la victoire de la foi catholique sur le diable entre 1565 et 1566.

 

L’histoire commence à Vervins, appelée à l’époque Vrevin, peu après la Toussaint de l’année 1565. Nicole Obry, une Vervinoise âgée d’une quinzaine d’années, fille de Pierre Obry, boucher, et de Catherine Willot et femme de Louis Pierret, couturier, en est le personnage principal. La jeune femme est possédée par l’esprit de son grand-père, mort sans avoir eu le temps de se confesser. Ce dernier lui réclame des messes, des aumônes et des pèlerinages afin d’éviter le purgatoire.

 

Après trois apparitions, l’esprit prend possession du corps de la Vervinoise. La possédée en devient malade au point de recevoir l’extrême onction. Malgré les tentatives de l’Église pour libérer Nicole, l’esprit est jugé « ange mauvais » par les religieux. L’esprit n’est pas celui de Joachim Willot, mais bien celui du démon Belzébuth. Afin de s’assurer de ce fait, la « Sainte Hostie » est administrée à la jeune femme qui devient « hideuse à voir, épouvantable à entendre et incroyablement froide et dure au toucher » à l’approche de l’objet sacré.

 

Plus tard, le démon fait appel à nombre de ses congénères : Cerberus, Astaroth et plus de vingt autres rendent Nicole Obry sourde, aveugle et muette. Á Notre-Dame de Liesse, 26 démons sont chassés du corps de la possédée. Transportée à Laon, elle est exorcisée.

 

L’exorciste fait parler Belzébuth qui, devant l’assemblée, explique que sa mission consiste à rassembler les hommes en une religion.

 

Nicole, laissée paralysée par l’exorcisme, est montrée à tous, puis retrouve l’usage de ses membres par l’eucharistie.

 

Ainsi, en ce jour de février 1566, le miracle eut lieu. Nicole Obry, possédée par le diable, est libérée de son emprise par la religion catholique. C’est en tout cas ce que l’ouvrage cherche à prouver alors que la France se trouve déchirée par les guerres de religion depuis 1562. C’est un exemple classique de propagande catholique du milieu du XVIe siècle.

 

Ce type de récit n’est pas rare à l’époque. De nombreux miracles sont recensés en France et tous connaissent un certain succès dans les régions de France. Ainsi, la religion catholique conforte son emprise sur le peuple et tente de convaincre les protestants de France de se convertir au catholicisme.