De la « drôle de guerre » à la campagne de France

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Devoir d’une élève en cours supérieur 1re année sur les bons d’armement, 8 mai 1940 (Arch. com. Marly-Gomont, E-dépôt 221 1 R 10)

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Devoir d’une élève en cours supérieur 1re année sur les bons d’armement, 8 mai 1940 (Arch. com. Marly-Gomont, E-dépôt 221 1 R 10)

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Cours dispensés dans une école de Marly-Gomont, 10 mai 1940 (Arch. com. Marly-Gomont, E-dépôt 221 1 R 10)

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Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre contre l’Allemagne. Tout au long des semaines suivantes, des milliers d’hommes sont mobilisés, mais c’est bien une mobilisation de toute la population française qui se met en place. En effet, les femmes, enfants et vieillards doivent participer activement à l’effort de guerre.

 

Le premier document, issu des archives communales de Marly-Gomont, montre comment les écoliers sont sensibilisés à l’effort de guerre. Au début du mois de mai 1940, un « concours des bons d’armement » est organisé. Il permet, par le biais d’un exercice de rédaction, de sensibiliser les élèves et leurs familles sur l’importance de souscrire aux bons d’armement à un moment où l’armée française est en difficulté. Les élèves doivent convaincre une amie de souscrire aux bons d’armement pour soutenir les soldats et ainsi accomplir leur « devoir de Français ». Le Comité national des bons d’armement est créé en 1939 à l’initiative de personnalités militaires, du monde économique, de la littérature, des arts et des autorités religieuses du pays. Il demande à la population de participer à l’effort de guerre.

 

Plusieurs rédactions sont conservées dans le fonds de Marly-Gomont et il est intéressant de voir comment les enfants bâtissent leur argumentaire. Dans le présent document, l’élève insiste sur l’opposition historique entre l’Allemagne et la France. Elle mentionne l’occupation allemande durant la Première Guerre mondiale avant de détailler les différentes invasions du IIIe Reich en Europe. Il semble également que son père soit absent car elle précise « si on veut assurer à nos pères et frères un avenir heureux » et à la fin de la lettre « Maman et ma sœur se joignent à moi ». D’autres enfants sont particulièrement au fait de l’armement qu’ils décrivent de façon très pointue. Enfin, certains insistent davantage sur l’aspect financier de la démarche de souscription. En effet, les bons d’armement souscrits auprès des banques peuvent être à tout moment transformés en argent liquide à hauteur de 90 % de leur valeur et même 95 % quand l’achat du bon date de moins d’un an. Ceux-ci sont également exempts d’impôt sur le revenu. Les copies de ce concours sont datées du 8 mai 1940. Deux jours plus tard, les rédactions auraient peut-être été bien différentes.

 

Le second document est l’extrait d’un cahier d’écolier qui date du 10 mai 1940. Ce jour-là, les élèves doivent participer à une « causerie » sur les événements du jour qui évoquent une étape cruciale du conflit. Effectivement, le 10 mai 1940 Hitler lance l’offensive à l’Ouest en envahissant les Pays-Bas obligeant le général Winkelmar à capituler 5 jours plus tard. Les Allemands doivent dans le même temps s’emparer des fortifications belges et le 11 mai le fort d’Eben-Emael est pris. L’armée belge se replie sur la ligne Anvers-Namur bientôt rejointe par la VIIe Armée française et les troupes Britanniques. L’attaque principale a lieu dans les Ardennes où trois panzerkorps, appuyés par la Luftwaffe, percent le front français à Sedan. Dès la mi-mai, la déroute de l’armée française est inévitable. Le 27 mai, le roi des Belges Léopold III capitule. Paris est pris le 14 juin et Pétain signe l’armistice le 22 juin 1940 dans la forêt de Rethondes, lieu hautement symbolique pour la France, mais aussi pour Hitler qui souhaite laver l’affront que représente pour lui l’armistice du 11 novembre 1918.