À la redécouverte du beffroi médiéval de Laon

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Monument emblématique du nord de la France, le beffroi constitue le symbole du pouvoir communal. Probablement érigé au cours du XIIe siècle, le beffroi de Laon est attesté pour la première fois en 1177 lorsque l’évêque Roger de Rozoy le concède aux habitants, reconnaissant implicitement le pouvoir communal octroyé par la charte du roi Louis VI en 1128. Ce beffroi est établi dans la partie orientale de la ville médiévale, près du quartier commerçant et des grandes halles de Chevresson. Il abrite les cloches que les autorités communales ont le droit de faire sonner pour annoncer un rassemblement, bannir un malfaiteur, ou décréter le couvre-feu. Dans le paysage sonore du Moyen Âge, le droit d’actionner des cloches autres que celles du clergé est un privilège rare et précieux.

 

En 1331, l’abolition de la commune par le roi Philippe VI provoque la confiscation des cloches et le beffroi est converti en prison. En 1596, la destruction des paroisses Saint-Georges et Notre-Dame-au-Marché, décidée par Henri IV pour ériger une citadelle, épargne cependant cet édifice. Divers travaux affectent encore la citadelle au cours du XIXe siècle, mais le beffroi n’est finalement détruit qu’en 1878 pour des raisons de réaménagement et de remise en défense de la citadelle.

 

Par chance, les Archives départementales de l’Aisne conservent dans la sous-série 2 R 2 un riche fonds d’archives provenant des directions et chefferies du génie militaire. De nombreux renseignements peuvent être recueillis sur divers bâtiments et fortifications militaires. Ainsi, un plan établi en 1831 par Hérault, capitaine et chef du génie, apporte d’importantes précisions sur le beffroi de Laon aujourd’hui disparu. Ce document fragile, sur papier calque, présente les plans de chaque niveau de l’édifice, ainsi que trois profils, selon une échelle qui semble bien respectée.

 

Le beffroi de Laon est une tour de section carrée, épaulée par deux contreforts sur trois de ses angles, le quatrième angle, au sud-est, accueillant un escalier qui dessert les différents niveaux. Au sous-sol, un caveau devait accueillir les prisonniers que l’on faisait descendre par une ouverture pratiquée au centre de la voûte. Au rez-de-chaussée, une pièce semble couverte par une charpente plate. Au-dessus, une salle voûtée d’ogives est percée de baies en arc brisé. La partie sommitale accueille enfin deux petits campaniles, le premier couvert par une toiture à deux ou quatre pans, le second surmonté d’un toit en forme de petit bulbe.

 

Ce plan se révèle intéressant à trois points de vue.

 

Tout d’abord, il s’agit d’un relevé très minutieux d’un édifice aujourd’hui disparu. Ce document est caractéristique des relevés géographiques et architecturaux, généralement très précis, exécutés par des militaires. Il confirme ainsi la richesse des archives du génie dans l’appréhension du réaménagement urbain par les militaires à Laon au cours du XIXe siècle.

 

Ensuite, par comparaison, il permet d’évaluer les exactitudes ou erreurs portées sur les quelques dessins que nous ont légués plusieurs dessinateurs du XIXe siècle, tels Monthelier, dans les Voyages pittoresques de Taylor et Naudier, ou Victor-Adolphe Malte-Brun. Il confirme notamment que les deux campaniles existaient en 1831 et ne sont donc probablement pas des ajouts du XIXe siècle.

 

Enfin, il démontre clairement que très tôt, dans ses projets d’aménagement de la citadelle, l’armée envisage la disparition au moins partielle, par arasement, du beffroi médiéval, qualifié ici de « tour carrée ». L’armée souhaite alors adapter la citadelle et notamment son rempart septentrional aux nouvelles conceptions de défense. Ainsi, l’idée de la destruction du beffroi ne date pas de l’année 1876, mais remonte bien au moins à 1831, année qui voit également la destruction, au centre-ville de Laon, du donjon de Philippe-Auguste.