Questionnaires pédagogiques

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Une statuette gallo-romaine - Décembre 2012

document_decembre_2012_1.jpg - <p class="description">Une statuette gallo-romaine de Mercure trouvée à Corbeny. FRAD00205_000501. Fonds Piette</p>

Une statuette gallo-romaine de Mercure trouvée à Corbeny. FRAD00205_000501. Fonds Piette


Une statuette gallo-romaine de Mercure trouvée à Corbeny

Ce document est un dessin aquarellé et légendé par un grand érudit axonais du XIXe siècle, Louis Victor Amédée Piette (1808-1883), issu de l’impressionnante masse documentaire que celui-ci légua aux Archives départementales de l’Aisne. Ce fonds est exceptionnel à double titre, par son ampleur tout d’abord, une cinquantaine de volumes de notes et dessins inédits relatifs à la quasi-totalité des communes et cantons du département, fruit de plus de cinquante ans d’observation et de recherche. Par sa valeur patrimoniale et historique inestimable enfin, les observations réalisées par Piette constituent en effet parfois notre seul témoignage iconographique de sites et monuments détruits au cours des deux guerres mondiales.

Dans le cas présent, il s’agit d’un des rares documents des Archives de l’Aisne permettant d’aborder la période gallo-romaine. Cette statuette en bronze (datation précise inconnue) représentant le dieu Mercure, reconnaissable aux deux ailes situées de part et d’autre de sa tête, témoigne de la pénétration des cultes romains en Gaule dans le cadre du processus de romanisation de ce territoire. Découverte fortuitement en 1841 avec d’autres statuettes du même type à La Fontaine Saint-Marcoul, lieu-dit de la commune de Corbeny, elle porte à sa base l’inscription « CARANIUSA MELI DEO MVSLM ... », c’est-à- dire en développant « Caraniusa Melideo Mercurio votum solvit lubens merito » « Caraniusa, fils de Melus, a accompli son vœu volontiers et à bon droit au dieu Mercure ».

Très vraisemblablement, un sanctuaire dédié à Mercure, dieu du commerce et des voyageurs, s’est développé à proximité de la voie romaine passant par Corbeny, voie importante de la Gaule Belgique qui reliait Reims à Arras en passant par Saint-Quentin (actuelle Route Nationale 44) (cf. documents d’accompagnement 1 et 2).


doc_d_accompagnement_2_3.jpg - <p class="description">Doc. 1. Réseau des voies romaines de la province de Belgique, d’après J. Mertens, cité dans R. CHEVALLIER, Les voies romaines, Picard, Paris, 1997, p. 225 (Arch. dép. de l’Aisne : 4° 865)</p>

Doc. 1. Réseau des voies romaines de la province de Belgique, d’après J. Mertens, cité dans R. CHEVALLIER, Les voies romaines, Picard, Paris, 1997, p. 225 (Arch. dép. de l’Aisne : 4° 865)

doc_d_accompagnement_1_5.jpg - <p class="description">Doc. 2. Portion de la voie romaine de Reims à Saint-Quentin passant par Corbeny, carte établie par A. Piette, dans « Les voies romaines de Reims à Arras et de Reims à Amiens », Bulletin de la Société académique de Laon, tome VII, 1858, encart p. 186 et 187 (Arch. dép. de l’Aisne : 8° R 6/8)</p>

Doc. 2. Portion de la voie romaine de Reims à Saint-Quentin passant par Corbeny, carte établie par A. Piette, dans « Les voies romaines de Reims à Arras et de Reims à Amiens », Bulletin de la Société académique de Laon, tome VII, 1858, encart p. 186 et 187 (Arch. dép. de l’Aisne : 8° R 6/8)

Cette statuette constitue donc un ex-voto, un don à Mercure pour obtenir sa protection, son aide dans l’accomplissement d’un souhait, en l’occurrence ici celui de Caraniusa, fils de Melus. Cette pratique votive est courante dans l’Empire romain, comme en témoigne ce passage des Florides de l’auteur romain Apulée : « Comme presque tous les voyageurs pieux, s’ils rencontrent sur leur route quelque bois sacré ou quelque lieu saint, ont coutume de se mettre en prières, d’offrir un ex-voto, de s’arrêter un moment (…) » (Florides, chapitre I, IIe siècle).

Le caractère sacré de la commune de Corbeny va perdurer et même se renforcer au Moyen Age. C’est dans son palais situé en cette cité, le long de l’ancienne voie romaine, que le roi Charles le Simple abrite en 898 les reliques de saint Marcoul dans le contexte des invasions vikings. Le palais, devenu monastère et placé sous la dépendance de l’abbaye Saint-Rémi de Reims accueille à partir du XIIIe siècle de nombreux pèlerins atteints de la maladie des écrouelles (maladie d’origine généralement tuberculeuse caractérisée par la formation de ganglions lymphatiques, principalement dans le cou), les reliques de saint Marcoul étant réputées les guérir. D’après la tradition, étudiée par l’historien Marc Bloch dans Les Rois thaumaturges (1924), c’est au cours de ce siècle que se révèle le pouvoir thaumaturgique des rois de France de guérir cette maladie par le toucher. De saint Louis à Louis XIII, tous les rois de France (à l’exception d’Henri IV), se rendent à Corbeny après leur sacre à Reims pour y guérir des malades. La croyance dans le pouvoir guérisseur des reliques de saint Marcoul survit à la monarchie, la dernière guérison signalée se produisant en 1852.

A défaut de travaux archéologiques permettant de l’affirmer, nous pouvons émettre l’hypothèse que le palais de Charles le Simple devenu monastère de Saint-Marcoul, fut établi sur le site ou à proximité de celui où l’on honorait Mercure. Cette récupération des anciens sanctuaires routiers gallo-romains par le christianisme est fréquente : « Les sanctuaires routiers ont en général été christianisés (…) et remplacés par des églises, des chapelles, des croix. » (R. Chevallier,  Les voies romaines, 1997,  p. 293).

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