Questionnaires pédagogiques

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La Grande Guerre - Novembre 2012

« Certes, pendant ces deux ans de front, il avait bien vu des ruines, de l’Artois à Verdun, et il savait en venant qu’il ne retrouverait pas grand’ chose de la propriété, mais, malgré tout, il était stupéfait que cela ressemblât si peu aux photographies qu’il en connaissait. Jusqu’au paysage qui n’était plus le même, les coteaux mis à nu, sans vignes, sans arbres, sans maisons.

- Vous venez dans les pays aplatis, lui avait dit un employé à la gare de Soissons.

C’était bien cela : aplatis. Le village, la contrée n’avait plus de hauteur, le pilon de la guerre avait tout enfoncé dans le sol. »

Roland Dorgelès, Le Réveil des morts, Paris, Albin Michel, 1923, p.12-13 (Arch. dép. de l’Aisne : 8° 3028).

 

Noël Genteur, actuel maire de Craonne, parle ici de son grand-père, jeune homme habitant dans ce village à la veille de la Grande guerre, et évoquant avec son petit-fils, soixante ans après, son retour sur le site de Craonne à la fin de la guerre, quatre ans après avoir dû le quitter :

« En arrivant sur le plateau, me disait-il, je me suis mis à chercher les maisons. En levant la tête je reconnaissais la plaine, la butte de Beau-marais, le plateau de Roucy en face de l’autre côté de la rivière. Et puis à droite, de l’autre côté des Bermonts , le village de Craonnelle encore visible bien que dans un état de ruine, et à gauche vers la pointe du petit plateau de Craonne balafré de tranchées, de trous d’obus, de barbelés et de tôles, où était passé Craonne ? Son église sur le piton, rien, plus rien. Plusieurs fois il énumérait les lieux-dits qu’il reconnaissait parfaitement malgré l’ampleur du désastre. Et Craonne, où est-il ? Monté sur le rebord d’une tranchée, identifiée bien après comme étant la tranchée du Balcon, il cherchait son village. Toujours rien. Puis, progressivement, une tache blanchâtre se dessinait à l’emplacement du village. Il n’en croyait pas ses yeux, toutes les maisons étaient pulvérisées, réduites en poussière, les pierres n’avaient plus de forme, toutes à l’état de moellons. »

Noël Genteur, « C’est à Craonne, sur le plateau…Récit », dans  Nicolas Offenstadt (dir.), Le Chemin des Dames- De l’événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004, P. 455-456 (Arch. dép. de l’Aisne : 8° 4153).

 


doc_novembre_2012_frad00216_000436_2.jpg - <p class="description">Un paysage anéanti par la guerre : Craonne.
FRAD00216_000436. Fonds André Leroy</p>

Un paysage anéanti par la guerre : Craonne. FRAD00216_000436. Fonds André Leroy

Un paysage anéanti par la Grande Guerre : Craonne

Cette photographie, prise en mai 1917 à proximité du célèbre « Chemin des Dames », un des principaux champs de bataille de la Première Guerre mondiale, illustre jusqu’au paroxysme l’idée que l’on peut se faire d’un paysage rural ravagé par la guerre : plus aucune trace de vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale. De la fumée en suspension au-dessus d’un paysage de mort, heurté, cabossé, jonché de débris indistincts : ruines de constructions humaines, fragments d’arbres pulvérisés réduits à l’état de « chandelles » lugubres, et puis, au premier plan, les restes d’une charrette, témoignage symbolique d’une vie agraire disparue, avant-scène d’un champ d’horreur non encore revêtu du linceul de l’honneur.


doc_accompagnt_1_frad00226_02232.jpg - <p class="description">Craonne, près le Chemin des Dames (Aisne). Vue prise en 1914.
FRAD00226_02232. Fonds de cartes postales</p>

Craonne, près le Chemin des Dames (Aisne). Vue prise en 1914. FRAD00226_02232. Fonds de cartes postales

Dès septembre 1914, le bourg de Craonne, chef-lieu de canton d’un peu plus de 600 habitants (cf. carte postale d’avant 1914), subit des destructions lors des combats de très intenses opposant les troupes françaises et allemandes dont ces dernières sortent victorieuses. L’occupant allemand évacue ensuite la plus grande partie des habitants. Le site n’est repris qu’en mai 1917, époque à laquelle ce cliché a été pris, et sert de point de départ à l’assaut du plateau de Californie, position stratégique majeure du Chemin des Dames.


doc_accompagnt_2a_cliche_s_buecher.jpg - <p class="description">L'ancien village de Craonne de nos jours : vue générale.
Cliché S. Bücher</p>

L'ancien village de Craonne de nos jours : vue générale. Cliché S. Bücher

doc_accompagnt_2b_cliche_s_buecher.jpg - <p class="description">L'ancien village de Craonne de nos jours : détail avec ruines.
Cliché S. Bücher</p>

L'ancien village de Craonne de nos jours : détail avec ruines. Cliché S. Bücher

A la fin de la guerre, le village et ses alentours sont entièrement détruits. Le site n’est plus constructible ni cultivable : il est placé en « zone rouge ». Le nouveau Craonne doit être reconstruit sur un autre emplacement à quelques centaines de mètres en contrebas. Confié aux Eaux et Forêts, le site de l’ancien village a été aménagé en arboretum (cf. cliché S. Bücher) ; autour la forêt recouvre et conserve les traces de l’ancien champ de bataille et de ses morts innombrables.